Leçon 2
2.1. La phrase nominale
Schéma : Nom prédicatif - Sujet
p. ex. devo viṣṇuḥ = देवो विष्णुः = "Viṣṇu est un dieu."
Une copule verbale ("est", "sont", "suis", "es", "êtes") n'est pas nécessaire, mais peut parfois apparaître.
Il n'y a pas d'articles : devaḥ -- देवः peut signifier "le dieu" ou "un dieu".
Bien que l'ordre des mots en sanskrit soit assez libre (surtout dans les vers), lors de la traduction d'une phrase nominale, il faut toujours considérer en premier lieu une traduction selon le schéma standard ci-dessus.
Dans la phrase nominale, le sujet est au nominatif (preier cas = prathamā f. = प्रथमा). Le nom prédicatif s'accorde avec le sujet en nombre et en cas ; si le nom prédicatif est un adjectif, il s'accorde aussi en genre.
2.2. Sur la déclinaison (flexion des noms)
En sanskrit, il existe :
- trois nombres (formes de comptage) = vacana n. -- वचन
- Singulier (nombre un) = ekavacana n. -- एकवचन
- Duel (nombre deux) = dvivacana n. -- द्विवचन
- Pluriel (nombre multiple) = bahuvacana n. -- बहुवचन
- trois genres (genres grammaticaux) = liṅga n. / vyakti f. -- लिङ्ग / व्यक्ति
- Masculin (masculin) = puṃs m. -- पुंस्
- Féminin (féminin) = strī f. -- स्त्री
- Neutre (neutre) = napuṃsaka n. -- नपुंसक
- huit cas (cas grammaticaux) = sup -- सुप् (= terminaisons casuelles)
Pour la déclinaison, les terminaisons casuelles (sup = सुप्) s'ajoutent au soi-disant radical nominal (forme du nom sans terminaisons casuelles).
Exemple : devas = देवस् (nominatif singulier masculin) "le/un dieu" = deva- -- देव- (radical nominal) + -s -- -स् (terminaison casuelle).
Dans les dictionnaires de sanskrit, les noms sont indiqués au radical nominal :
- deva m. -- देव m. (masculin)
- vacana n. -- वचन n. (neutre)
- vyakti f. -- व्यक्ति f. (féminin)
2.3. Le nominatif singulier
Nominatif singulier = prathamā ekavacanam = प्रथमा एकवचनम्
Le nominatif singulier se termine par -s = -स् ou est sans terminaison.
2.3.1. Nominatif singulier en -s
Les radicaux nominaux suivants, qui se terminent par une voyelle, forment le nominatif singulier en -s :
Masculins en -a : p. ex. deva m. = देव "dieu" -- Nom. sg. : devas = देवस्
Masculins en -i : p. ex. kavi m. = कवि "poète" -- Nom. sg. : kavis = कविस्
Masculins en -u : p. ex. guru m. = गुरु "professeur" -- Nom. sg. : gurus = गुरुस्
2.4. Sandhi -- सन्धि
La finale d'un mot est déterminée en sanskrit par la initiale du mot suivant. Ce phénomène s'appelle Sandhi (m.) = सन्धि ("connexion").
2.4.1. Sandhi des finales en -s
Voir aussi le résumé :
Payer, Alois <1944 - >: Sandhi des finales en -s. -- (Matériaux pour le sanskrit). -- URL : http://www.payer.de/sanskritmaterialien/ssandhi.htm
La finale -s :
en position absolue finale (fin de phrase) elle devient Visarga (-ḥ) :
- devas = देवस् » devaḥ = देवः
- kavis = कविस् » kaviḥ = कविः
- gurus = गुरुस् » guruḥ = गुरुः
devant des sons sourds :
- devant k, kh, p, ph et ś, ṣ, s : elle devient Visarga (-ḥ)
- devas + śivaḥ » devaḥ śivaḥ = देवः शिवः ("Śiva est un dieu")
- devant c, ch : elle devient -ś
- devant ṭ, ṭh : elle devient -ṣ
- devant t, th : elle reste -s
- sādhus + caitanyas » sādhuś caitanyaḥ = साधुश्चैतन्यः ("Caitanya est un saint")
- devant k, kh, p, ph et ś, ṣ, s : elle devient Visarga (-ḥ)
devant des sons sonores :
- après des voyelles autres que a : elle devient -r
- kavis + Māghas » kavir māghaḥ = कविर्माघः ("Māgha est un poète")
- après des voyelles autres que a devant r- : -s tombe, la voyelle s'allonge.
- gurus + rāmas » gurū rāmaḥ = गुरू रामः ("Rāma est un enseignant")
- après a- : -as
- devant des consonnes sonores/a : elle devient -o (le a initial tombe » ऽ)
- devas viṣṇus » devo viṣṇuḥ = देवो विष्णुः
- devas agnis » devo 'gniḥ = देवो ऽग्निः
- devant d'autres voyelles : elle devient -a (hiatus)
- devas + indras » deva indraḥ = देव इन्द्रः
- devant des consonnes sonores/a : elle devient -o (le a initial tombe » ऽ)
- après des voyelles autres que a : elle devient -r
2.5. Liste de mots
deva m. -- देव : Être céleste, dieu ; prince, roi.
īśvara m. -- ईश्वर : Seigneur, souverain, dieu (monothéiste).
brāhmaṇa m. -- ब्राह्मण : Brāhmaṇa (ordre sacerdotal).
kṣatriya m. -- क्षत्रिय : Kṣatriya (ordre princier et militaire).
vaiśya m. -- वैश्य : Vaiśya (ordre agricole et commercial).
śūdra m. -- शूद्र : Śūdra (ordre de service).
Selon la théorie classique (par exemple Manusmṛti I, 88-91), les tâches sont réparties :
- des Brāhmaṇas
- étude des Védas
- enseignement
- sacrifice pour soi-même
- sacrifice pour autrui
- don
- réception de dons
- des Kṣatriyas
- protéger le peuple
- donner des dons (aux Brāhmaṇas)
- sacrifier pour soi-même
- étude des Védas
- des Vaiśyas
- élevage
- agriculture
- commerce
- prêt d'argent
- sacrifier pour soi-même
- donner des dons (aux Brāhmaṇas)
- sacrifier pour soi-même
- étude des Védas
- des Śūdras
- servir les trois classes supérieures
dvija m. -- द्विज : "Deux fois né" (initiés des trois ordres supérieurs : Brāhmaṇa, Kṣatriya, Vaiśya).
varṇa m. -- वर्ण : Couleur, ordre de naissance (tendance).
Les quatre ordres (varṇa m.) sont souvent confondus avec les castes. Mais les quatre ordres, contrairement aux castes, ne sont pas spécifiquement indiens ; en Europe également, nous avions (jusqu'à la Première Guerre mondiale en partie) un ordre social, comme l'illustre la figure suivante du XVe siècle :

Fig. : Représentation de la division des ordres du Moyen Âge européen (gravure sur bois de la fin du XVe siècle).
(Source de l'image : Détails)
Légende :
- Ordre sacerdotal (~Brāhmaṇa) : Tu supplex ora = Toi, prie humblement !
- Ordre noble (~Kṣatriya) : Tu protege = Toi, protège !
- Ordre paysan (~Vaiśya/Śūdra) : Tuque labora = Et toi, travaille !
Les trois castes portent les vêtements propres à leur caste. Au-dessus des castes — désignées ainsi comme voulues par Dieu — trône le Christ.
Max Weber <1864 – 1920> définit la caste ainsi :
"Caste" doit désigner une multitude d'hommes qui, au sein d'une association,
a) font valoir une estimation spéciale de caste, - éventuellement aussi
b) font valoir des monopoles spéciaux de caste.
Les castes peuvent surgir
a) primaires, par une conduite de vie propre à la caste, notamment par la nature du métier (castes de conduite de vie ou de métier),
b) secondaires, par charisme héréditaire, par des prétentions au prestige réussies grâce à l'ascendance de caste (castes de naissance),
c) par l'appropriation de caste de pouvoirs seigneuriaux ou hiérocratiques en tant que monopoles (castes politiques ou hiérocratiques).
Le développement de caste par naissance est régulièrement une forme d'appropriation (héréditaire) de privilèges à une association ou à des individus qualifiés. Toute appropriation fixe de chances, notamment [de] pouvoirs [seigneuriaux ou de chances d'acquisition], tend à conduire à la formation de castes. Toute formation de caste tend à conduire à l'appropriation monopolistique des pouvoirs seigneuriaux et des chances d'acquisition.
Alors que les classes d'acquisition croissent sur le fondement de l'économie orientée vers le marché, les castes surgissent et subsistent de préférence sur le fondement de la couverture des besoins monopolistique liturgique, féodale ou patrimoniale de caste des associations.
"Caste" doit désigner une société lorsque la structuration sociale se fait de préférence selon les castes, "classiquement", lorsque cela se fait de préférence selon les classes. La "classe" "sociale" est la plus proche de la "caste", la "classe d'acquisition" est la plus éloignée. Les castes sont souvent formées, selon leur point central, par des classes de possession.
Toute société de caste est conventionnelle, ordonnée par des règles de conduite de vie, crée donc des conditions de consommation économiquement irrationnelles et entrave de cette manière, par des appropriations monopolistiques et par l'exclusion de la libre disposition de sa propre capacité d'acquisition, la libre formation du marché.
[Weber, Max <1864 – 1920> : Économie et Société : Esquisse de sociologie compréhensive. – 5e éd. révisée. – Tubingue : Mohr, 1976. – p. 625 sq.]
Les varṇas sont par conséquent des castes de naissance.
kavi m. -- कवि : poète.
agni m. -- अग्नि : feu, dieu Agni.

Fig. : Dieu Agni, miniature, 18e s.
(Source de l'image : Détails)
sādhu 3 -- साधु : correct, bon.
sādhu m. -- साधु : homme "saint", Sādhu.

Fig. : Sādhu (साधु), temple Pashupatinath, Katmandou.
(Source de l'image : Détails)
guru 3 -- गुरु : lourd, important, digne de vénération
guru m. -- गुरु : personne digne de vénération : père, mère, parent plus âgé, en particulier enseignant, maître
2.6. Exercice
A) Insérez en tenant compte du sandhi et formez des phrases nominales :
- devas ... (Śiva, Agni, Viṣṇu, Gaṇeśa, Kṛṣṇa, Indra)
= देवस् ... (शिव, अग्नि, विष्णु, गणेश, कृष्ण, इन्द्र) - dvijas ... (brāhmaṇa, kṣatriya, vaiśya)
= द्विजस् ... (ब्राह्मण, क्षत्रिय, वैश्य) - gurus ... (brāhmaṇa, Candrakīrti)
= गुरुस् ... (ब्राह्मण, चन्द्रकीर्ति) - vaiśyas ... (Tulādhara)
= वैश्यस् ... (तुलाधर) - sādhus ... (guru, Rāma)
= साधुस् ... (गुरु, राम) - kavis ... (Kālidāsa, Māgha, Bhāravi, Harṣadeva)
= कविस् ... (कालिदास, माघ, भारवि, हर्षदेव)
B) Traduisez en sanskrit :
- Rāma est un brāhmaṇa.
- Le professeur est un vaiśya.
- Le śūdra est un homme saint.
- Le poète est le professeur.
- Viṣṇu est le SEIGNEUR.
- Le SEIGNEUR est Śiva.
- Le deux-fois-né est un brāhmaṇa.
- L'homme saint est un professeur.
- Le professeur est un homme saint.
